Le raphia

L’art du tissage se transmet héréditairement, c’est une activité exclusivement masculine. L’apprenti doit être le fils, le frère cadet ou un neveu utérin du tisserand. Il accompagne l’artisan dans son travail et est chargé des opérations préparatoires, des fibres notamment. Le tisserand construit son métier à tisser d’une hauteur totale d’environ 1,70 m, en l’orientant de telle sorte qu’en travaillant, il ne soit face ni au levant ni au couchant. Le métier est placé sous la véranda à gauche de l’entrée. Il est de constitution simple, c’est un métier à rang qui se compose essentiellement de deux ensouples entre lesquelles la chaîne est tendue.

Deux pieux profondément enfoncés dans le sol et espacés d’environ 55cm, sont attachés à l’ensouple inférieure. L’ensouple supérieure est reliée par une corde à un bâton fixé dans les chevrons de la toiture. Cette corde permet au tisserand de régler la tension de la chaîne qui est dans une position oblique. Le métier à tisser comporte différentes parties ayant chacune son nom. Le tissage est une activité qui a une signification profonde. En effet, tant au niveau des gestes, des instruments, que des interdits et obligations auxquels est soumis le tisserand. Les tisserands que j’ai rencontrés à Moupia, n’exercent pas tous les jours et il est interdit de tisser après le coucher du soleil. Les pièces de raphia étaient aussi des éléments importants de la dot. Les pagnes de raphia de couleur reflètent une importance particulière. Les fils de trame teintes en rouge, en noir ou en gris, employés, permettent d’obtenir des rayures transversales. Suivant la longueur et la largeur de ces fibres, on peut obtenir une infinie variété de dessin. Les pièces sont généralement de même largeur (Environ 40cm), mais leur longueur est variable. Les pagnes de raphia sont constitués par un certain nombre de pièces de tissu. Ce nombre n’est pas anodin. En effet, certains pagnes ne sont portés que par les chefs de famille et les notables du village. Les franges du pagne ont également leur importance. La façon dont les coutures sont rabattues revêt une importance particulière. En effet, toute pièce rabattue sur une autre est considérée comme mâle, par rapport à cette dernière. Le pagne de raphia dans la culture du Haut-Ogoué en général, représente aussi des symboles, c’est une représentation physique du monde des esprits. Il y a deux divinités : Djiami’a’yulu (Dieu du ciel) et Djiami’a’ntchiê (Dieu de la terre), le monde inférieur et le monde d’en haut, le monde supérieur. Cela dénote aussi la dualité de la nature humaine, « Mvuru’o’muo li légulu lébi, li légulu lé vê ! Chaque humain vivant a deux côtés : l’un bon, l’autre mauvais… » Dit le dicton. Ainsi il existe un symbolisme du pagne de raphia, au niveau des coutures qui revêtent une importance particulière par la manière dont elles sont rabattues et qui déterminent le nombre de différentes pièces qui composent le pagne. Le pagne de raphia revêt donc une signification particulière et demeure un objet rituel privilégié. Les danseurs portaient des pagnes de raphia, en forme de pantalons bouffants. Les costumes de la danse Mali chez les Tékés étaient entièrement réalisés en étoffe de raphia et se résumaient en de longues tuniques qu’accompagnait un foulard. Les fillettes obamba portaient sur leur « obari » des jupettes de fibres de raphia. Chez les Mitsogo, ces pagnes étaient partout teints en noir, attachés à la ceinture ou noués au-dessus des seins. Chez d’autres populations ils étaient teints en rouge ou en jaune. (Raponda-Walker/ Sillans, 1961: 464).

Source: Blog Mireille Nzoubou

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