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Mais Gloria n’est pas seulement la belle plante de service ! C’est aussi un Baccalauréat en sciences économiques et sociales au lycée français Rochambeau de Washington DC, Bachelor en communication à l’American college of greece, et en 2009 elle crée sur Facebook « les anges gardiens du Gabon » un groupe auquel j’ai fait parti et qui avait pour but d’assurer la transparence lors du dernier scrutin électorale dans notre pays.
Miss Canada Elena SemikinaLa question de l’existence de la mode gabonaise ne se pose plus, grâce aux nombreux défilés de créateurs qui s’égrènent tout le long de l’année. C’est une mode à cheval entre modernité et tradition à la fois pour ce qui est de l’acquisition de ses matériaux tels : raphia, bogolan, pagnes africains, soie sauvage, cotonnades, et pour le choix des modèles qu’elle offre à ses créateurs. La mode connaît un bel élan avec des couturiers tels que Beitch Faro, Angèle Epouta, Chouchou Lazare Olga Ô, Christ’On, pour ne citer que ceux là. Cette mode est embellie de créations originales, notamment celles de Yéyé Créations et de Rafa, faites à partir de pierres, de perles africaines, de masques.
L’hypothèse de l’entre-deux culturel, tradition et modernité, qui peut se poser en paradigme, on le voit, n’est pas systématique. Elle est évoquée pour marquer une vigilance face à la mondialisation qui amplifie les tendances à l’uniformisation dans laquelle les différentes expressions artistiques risquent toutes de tomber. La production artistique au Gabon, largement méconnue au-delà de ses frontières, n’y échappe pas. Convoquer cet entre-deux culturel, c’est aussi faire appel à la subjectivité, celle qui caractérise les véritables auteurs et qui refuse de se laisser asservir, fasciner.
Alors que Pathéo brille dans le wax et les imprimés, Angybell, grande dame de la mode abidjanaise et lieutenant-colonel des Douanes dans le civil, se passionne pour les tissages. Elle parcourt l'Afrique de l'ouest à la recherche de pagnes tissés à la main qu'elle coupe en tailleurs chic. Puis elle installe des métiers dans sa villa pour créer son propre tissu: un mélange de coton ou de lin et de raphia, qui emporte un succès immédiat. «Un grand magasin français était intéressé par mes créations, mais malheureusement, je n'ai pas la structure pour produire en grande quantité», soupire-t-elle.
Matériaux africains. «Le problème, c'est que la filière n'est pas organisée», regrette sa cadette Nawal El-Assad. Comme beaucoup de ses collègues, elle met «un point d'honneur» à utiliser les matériaux africains dans ses modèles, tenues de ville ou robes du soir habillées, mais n'hésite pas à mélanger jean et lin avec tissage baoulé, du centre de la Côte-d'Ivoire, et pagne kéita, venu du Ghana, et elle se tient constamment au courant de la tendance internationale. «Ce que je souhaite, c'est créer une marque, imposer une griffe, d'abord chez moi, avant de penser au marché européen. C'est un énorme travail, car je dois tout faire, dessiner, assister aux essayages, surveiller la confection, former les couturiers!»
Malgré sa renommée, la mode ivoirienne ne dépasse pas le stade artisanal et s'exporte peu. Le plus gros atelier, celui du doyen Pathéo, compte une quarantaine de machines. La plupart n'en ont pas plus de dix. «Au Sentier, ils peuvent sortir quinze mille chemises par jour. Moi je ne peux en faire que dix, et encore, pas impeccables», se désole le benjamin Gilles Touré, ex-élève de Paco Rabanne. «Si je fais un défilé en France, on me commande mille pièces, je ne peux pas les fournir. Pour être compétitifs, nous manquons de tout: les machines, les ouvriers qualifiés, les usines et les investisseurs. Les hommes d'affaires africains nous ignorent, ils ne voient pas le côté export de notre activité.»
Source de devises. Les professionnels abidjanais se plaignent aussi du peu d'intérêt que les gouvernants accordent à un secteur dynamique, source potentielle de devises. Productrice de coton qu'elle exporte en majorité brut, la Côte-d'Ivoire a pourtant des atouts pour développer une industrie textile. Mais la confection en série de prêt-à-porter est inexistante. «Il faut une volonté politique, créer un tissu industriel, faire baisser les coûts et améliorer la qualité, réclame Pathéo, car aujourd'hui nous sommes envahis par la fripe et les chemises fabriquées à Taiwan qui coûtent deux fois moins cher que les nôtres.»
En attendant, la capitale ivoirienne, loin des soubresauts politiques retrouve les plaisirs de sa mode et vit à nouveau au rythme envoûtant des défilés.
RUEFF Judith/liberation.fr